Reporter : parlons politique maintenant...
Weed : Lorsque Villepin est arrive a l'intérieur il n'a plus donné suite a nos lettres. Il a donc fallu faire un courrier aux 98 préfectures de France indiquant que même sans autorisations le Teknival aurait lieu. Deux semaines après son envoi, le ministère appelait de nouveau et souhaitait nous voir. Il y a eu le Karnageval, réunissant 20 000 personnes à Paris entre ce coup de fil et la réunion... Par peur de ce teknival illégal et voyant grace au Karnageval notre réelle motivation ils nous ont écouté et il y a eu quelques avancées. Tu vois, pour nous, au NPS, la politique ça consiste à utiliser le travail des autres, par exemple le Karnageval, à utiliser la rhétorique de la convergence, à utiliser tout ça à notre profit exclusif pour créer un rapport de force juste pour la techno des frees.
Reporter : c'est pas un peu égoïste ? Ca fait pas un peu « récup » par rapport à tous ceux qui se sont investis dans le Karnageval, et qui ne luttaient pas uniquement pour la techno des frees ?
Weed : Non. De toute manière, moi à part la techno des free, j'y connais rien à la convergence. Nous, au NPS, on profite du travail des autres, on l'utilise, on le détourne, on se le réapproprie, on fait croire qu'on a tout fait nous mêmes en autonomie, et on avance. En fait, c'est une approche artistique de la politique, tu vois ? D'un côté, y'en a qui luttent pour des utopies collectives, et de l'autre, y'a le NPS et moi. Moi, je fais en sorte que tout converge vers le NPS et vers moi. Je suis juste un artiste, tu vois !
Reporter : c'est en effet une tout autre manière de faire de la politique ! Je pense que vous avez un projet de société pas banal...
Weed : Cette année les Sound Systems amateurs francais ont clairement démontré leur bonne volonté et leur démarche de responsabilisation, se donnant ainsi une position de force dans les négociations car cela invalidait tous les reproches mis en avant depuis le début par le Ministère... En effet les avancées n'ont pas manquées de notre côté, que ce soit sur les Teknivals depuis Scaer jusqu'au Guingouinval avec la création d'un réseau efficace de bénévoles, l'augmentation des gains percus sur la donation, la coupure généralisée des Sons, la distribution de sacs poubelles...
Tu vois, c'est ça la société du futur qu'on imagine : une société avec des poubelles bien gérées, et des gains augmentés à moyens constants grâce au bénévolat. Et le silence à la fin. C'est une vraie utopie, une innovation, oui ! En fait, on veut faire la révolution pour que rien ne change.
Les utopies de la free party : un monde où les poubelles seront enfin bien gérées !
Reporter : Il y a quelque chose que je ne comprends pas : sur le flyer, il est écrit que le teknival du 1er mai aurait lieu le 15 avril. Alors, bon, la date, c'est quoi finalement ?
Weed : C'est pour renouveler, changer les habitudes. Avant, le rituel imposait aux activistes de la techno de ne pas remettre en cause la date Sacrée du 1er mai. Mais nous, au NPS, on a fait scission avec le Collectif des Sons, on n'est plus des moutons, nous, on lutte ! Du coup, on a décidé de frapper un grand coup politique : on avance la Date Sacrée de 15 jours.
Reporter : c'est dingue, vous prenez des risques incroyables ! Au fait, que s'est-il passé entre la période du Collectif des Sons et celle du Nouveau Parti des Sons ?
Weed : entre temps, il y a eu la Nuit des meutes et le Karnageval : on s'est réapproprié l'un et l'autre, sans y avoir compris grand chose, à part le mot « convergence » qu'on utilise maintenant sur nos flyers, mais ça nous a servi à établir un rapport de force avec le Collectif des sons que je ne dirigeais pas à l'époque, ce qui posait un problème. Maintenant, je suis le chef et je peux donc décider que nous luttons pour une date sacrée le 15 avril et non plus pour cette date impie et réactionnaire du 1er mai ! Tu vois, il y a de gros enjeux politiques là-dessous...
Reporter : tu es le seul chef ou c'est un collectif ?
Weed : naaan, c'est super collectif : je décide, et ils votent pour. On a tous convergé, quoi ! L'enjeu c'est les petits fours du Ministère de l'Intérieur Français : avant, quand le Collectif des Sons était au pouvoir, les membres du NPS n'avaient pas accès aux petits fours : on devait se contenter de lire les infos sur le site du Collectif. Maintenant, à nous les petits fours et le bureau de Nicolas Sarkozy : tu vois, on a frappé un grand coup, avec nos utopies, c'est sur, en continuant sur cette voie on va changer le monde et la politique ! Nous, on veut être le Technopol de la free, tu vois ? Notre slogan pour 2006 c'est « convergence » et aussi « Du son, des plantes vertes et de la politique » : c'est clair, on a de l'ambition !
Reporter : Hé bien merci à toi pour cette belle leçon d'activisme éclairé et de conscience politique : la belle jeunesse française est entre de bonnes mains !